





No Sound is innocent
En 2016, AMM célèbre cinquante et une années d’activisme musical radical et reste à ce jour un des groupe les plus in- fluents de la musique expérimentale toutes catégories confondues.
Fondé en 1965 à la suite d’ateliers d’expérimentations sonores qui se déroulaient au Royal College of Art à Londres, AMM reste souple quant à sa composition et Eddie Prévost en est le seul membre permanent dans une histoire de groupe de plus de cinquante ans où se mêlent décès et fâcheries... puis réconciliations !
Eddie Prévost est percussionniste chercheur de son, penseur/activiste de la scène londonienne de l’improvisation, il est à l’origine du label Matchless Recordings, engagé dans la transmission avec les ateliers d’improvisation The London workshop. Il a formé l’ossature d’AMM avec Keith Rowe (guitariste ultra influent considéré comme l’inspirateur des pratiques d’improvisation libre électro- acoustiques, célébré par le label Erstwhile et collaborateur de musiciens tels qu’Oto- mo Yohishide, Julien Otavi, Christian Fennesz ou Peter Rehberg), Cornelius Cardew (compositeur séminal, fondateur du Scratch Orchestra, membre d’AMM après
que le groupe ait interprété “Treatise” et ce jusqu’à sa mort), Lou Gare (membre fondateur puis dissident) et, plus tard, John Tilbury (pianiste spécialiste de Morton Feldman, proche de Cardew, et forcément membre du Scratch Orchestra). Autour d’AMM et de leur son unique, ils ont travaillé avec Christian Wolff, Evan Parker, Rohan de Saram, David Jackman (Orga- num), Sachiko M ou John Butcher.
En prenant en compte la dimension d’espace dans la musique, en plasticien du son, c’est AMM qui pose l’idée d’une mu- sique faite d’un jeu sur les rapports d’horizontalité et de verticalité, et c’est Keith Rowe qui, avant les autres, pose sa guitare à plat sur une table en un geste hérité du piano préparé de John Cage et de la tech- nique de peinture de Jackson Pollock.
Cette liberté d’approche qu’offre cette guitare à plat et l’intrusion concrète, via la radio, du son du monde dans l’ambiance feutrée des salles de concerts sont autant d’éléments laissés en héritage aux musiques expérimentales ; et ce dès 1966, année où Syd Barett enregistre avec Pink Floyd dans les mêmes studios qu’AMM, expérience dont il déclarera qu’elle a été décisive dans son parcours vers plus d’abstraction. Paul McCartney a trouvé, lui, trop long le concert d’AMM auquel il a assisté et Ornette Coleman n’a pas vu la fin puisqu’il s’est fait vider de la salle pour ba- vardages. The Dead C s’est baptisé “The AMM of Punk Rock” pour un titre. Oren Ambarchi réédite sur Black Truffle l’album culte “AMMusic” : presque tout le monde a un avis sur AMM et pas vous ? Il n’y aura que peu d’autres occasions de les voir et de les entendre désormais et leur pré- sence à Saint-Merry dans le cadre du Festival Sonic Protest est un événement majeur, rare et historique à ne manquer sous aucun prétexte.